Lady Fantome
Les petits récits décadents et décalés de Lady Fantôme. Et plus…
D’une impérieuse domination
Publié par le 9 octobre 2011
Il est des poids, il est des croix plus lourdes que d’autres, des croix que nos frêles épaules ne peuvent parfois plus porter…
Il est aussi des influences plus dévastatrices que d’autres, qui vous font regretter d’avoir accepté d’être lié à la Famille, d’avoir accepté un jour de partager son sang …
Mère avait pour habitude de rencontrer l’éminent Duc de P. lors d’intenses séances mystiques. Ce personnage trouble, depuis une liaison scandaleuse avec un éphèbe l’ayant ruiné et déshonoré, s’était révélé maître en matière d’émission spirites et promettait un avenir radieux à quiconque lui faisait une confiance aveugle et acceptait de le dédommager « oh ! Si peu, pour les risques encourus par la profession ». Et ainsi, ces réunions se succédèrent à un rythme frénétique jusqu’à ce que Mère ait une sorte de vision.
L’un des ses aïeux (Désiré, qu’elle vénérait et qui, dans des conditions restées obscures, avait péri après une altercation impliquant un sergent de ville pourtant jugé irréprochable) lui apparu par l’entremise d’un ectoplasme d’une incroyable pureté – dont elle ne manqua pas de féliciter son hôte, lui octroyant en plus d’une obole symbolique, une gratification (ce qui revenait à dire qu’elle serait sa dévouée éternelle, bien qu’elle espérât secrètement qu’il oublierait de la solliciter par la suite). Désiré, feu Désiré, lui faisant miroiter une retraite dorée, à elle, sa digne et admirable descendante, pour laquelle sa Famille (un époux, trois filles, ou plutôt quatre, Eugénie, bien que née “garçon” avait accepté pour ne pas contrarier Mère d’être sa fille cadette : timbre mélodieux, traits délicats et anglaises blondes admirablement dessinées..) devrait tout sacrifier, inconditionnellement…
Sauf que.
Sauf que les rêves de grandeur de Mère (loge privée à l’opéra, haut-de formes inclinés avec déférence sur son passage, balades sur les grands boulevards en voiture luxueuse – trompe tonitruante jouant à l’envi la Walkyrie – villégiature en résidence d’été dans une station balnéaire à la mode, mention de ses sorties, majestueuses assurément, dans les chroniques mondaines de la presse à sensation – en particulier de la Gazette Moderne, faisant et défaisant les carrières – citation systématique de sa réussite insolente lors de discours époustouflants, haletants résonnant dans les hautes sphères politiques) ne correspondaient en aucun cas aux nôtres qui fuyions toutes lumières et toute publicité exposant nos fragiles et ténues existences (saluer l’insupportable Lise Guinchard étant la seule activité sociale que nous nous autorisions).
Sauf que Père est prompt à l’affolement quand Mère est déterminée. La perspective d’une fête de village, deux ans auparavant, avait provoqué chez lui une crise de délirium tremens gravissime. Crise que notre grand-oncle, factotum de son état (bon à rien notoire entendait-on ici et là), parvint à apaiser, à défaut de guérir, à grand renfort d’Elixir Secret (dont nous soupçonnions, en guise de secret, qu’il contenait de l’extrait de violette et d’angélique et un quelconque opiacée) pour rendre à Père un semblant d’existence, tout sauf normale.
Sauf que notre présence, délicieuse à en croire Mère (comme elle s’y entendait en flatteries !), inquiétante selon la rumeur colportée par notre voisinage apeuré, rendait périlleuse voire improbable la moindre des entreprises de Mère pour assouvir sa soif de reconnaissance et son ambition dévorante, il faut l’avouer, grotesques …
Sauf que certains destins remarquables ne peuvent être, en dépit de tout, servis par une descendance chancelante, vacillante…
Et qu’il est des âmes plus sombres que d’autres…
Enfin ! Objecterez-vous. Ne pouvait-elle y arriver seule ? N’était-elle pas ce que l’on convient d’appeler une Dame ayant de la ressource, une ressource suffisante pour satisfaire ses envies, quels que soit les moyens pour y parvenir ?
Si seulement c’eût été le cas…
Au fil du temps, ses désirs frustrés rendaient toute cohabitation avec Mère insupportable…
Et puis…
Ce fut une gravure de Désiré (dernier vestige, sans valeur monétaire bien sûr, de ce sombre ancêtre qui lui ressemblait tant) que Mère saccagea lors d’une mise en scène macabre. Puis Père, accusé sans cesse de desservir la Cause, qu’elle finit par chasser de notre vaste et glaçante demeure à l’orée des bois. Père, que l’on retrouverait quelques semaines plus tard, gisant dans un bosquet (connu pour abriter toutes sortes de galanteries), et dont les véritables raisons de sa présence dans ce lieu ne furent jamais éclaircies…
Ce fut durant cette période mouvementée, éprouvante, que nous eûmes la surprise de découvrir la présence de Nuage parmi nous. Nuage, un enfant dont l’arrivée resterait à jamais mystérieuse, dont l’arrivée ne serait jamais élucidée car son évocation déclenchait invariablement les foudres de Mère.
Nuage, un enfant si tendre, venu assurer la rédemption de notre Famille, censé gommer ses péchés et les dissoudre au plus profond d’un marécage boueux sous de la vase et des poissons morts.
Plus tard, M. de la Pommais (un pharmacien progressiste et fabuleux, bien que retors dans sa manière d’administrer toutes sortes de cataplasmes et injections sophistiquées dans la moiteur de son cabinet, des traitements révolutionnaires qui ne cessaient de créer la polémique, au vu des souffrances infligées à ses patients) fut introduit au sein de la Famille par Eugénie qui, parfois, bien que rarement, se liait avec qui manifestait un semblant de compassion à son encontre et tolérait sa disgrâce. Dès lors, celui-ci se prit d’affection pour Nuage. (Le voyait-il comme le fils qu’il ne sut jamais reconnaître ?). Nuage, le désarmant Nuage, qui observait en silence les agissements des Siens (Dieu qu’il était charmant ainsi !). Nuage trouvant refuge plus que de coutume dans l’Officine du Progrès (proclamée ainsi par M. de la Pommais), où nul ne sut jamais, ou ne voulut savoir, ce qu’il s’y tramait.
Pour notre part, nous aimions Nuage, En fait nous l’adorions, viscéralement. Et Nuage nous vénérait. Du moins, nous le laissait-il croire. Et lorsque Mère fut en proie constante à de terribles lubies, la proximité de Nuage nous devint indispensable.
Alors l’inéluctable arriva. Car la vie demeure un mystère, où les plus forts ne sont pas forcément ceux que l’on croie.
Guidée par une force absolue, ce fut une main innocente qui soulagea nos tourments. Car un enfant ne peut être soupçonné, n’est-ce-pas ? Car un enfant est pur, n’est-ce pas ? Car un enfant ne saurait oser ce dont nous rêvions en silence, n’est-ce pas ?
Et c’est en apportant son breuvage quotidien à Mère, qu’elle prenait dans une posture altière sur son plaid en cachemire (faisant forte impression bien que scandaleusement mité), que notre doux, notre tendre Nuage, en l’enjoignant de boire « vite, vite, sans délai ! Et surtout, ne vous formalisez pas de ce goût amer, il s’agit d’un thé noir brûlé, comble du raffinement en Orient », la contempla après un temps infiniment long (y prenant plaisir sans aucun doute), se tordre encore et encore comme la plus spectaculaire des vedettes (à l’image d’Olympe Rainbow, qui, dans une revue impressionnante, effarait son public en s’enroulant dans un nid de serpents redoutables venus des colonies). Pas de cri, yeux palpitants et léger filet de sang. Et ce fut tout, Mère n’étant plus qu’un souvenir évanescent…
Ainsi, libres de toute entrave, serrant langoureusement les mains de Nuage et de Père dans les nôtres, et désormais légères comme les bulles d’un vin de Champagne, nous vîmes nos âmes s’envoler irrésistiblement vers un ciel écarlate…
Des méfaits de la science : fauteuil fatal
Publié par le 21 août 2011
Janvier 1889. Un vent de panique soufflait dans les rues de Paris en ce début d’année particulièrement glacial. En effet, l’on venait d’apprendre avec effroi que huit familles entières d’honorables commerçants (quoique particulièrement regardants à la recette et peu généreux sur la marchandise vendue) venaient d’être décimées par un mal étrange au terme d’une agonie particulièrement douloureuse. Un mal soupçonné d’être importé des colonies au sein même d’un arrivage de nourriture avariée (pourtant revendue à prix d’or par ces mêmes marchands). Et dès lors, ce fut la capitale dans son intégralité qui tourna au ralenti (n’étaient-ce quelques inconscients qui faisait fi de cette menace), dès lors ce fut la Ville Lumière qui menaçait de s’éteindre à petit feu. Devant ce qui promettait de devenir un fléau “très Fin de Siècle”, les plus hautes instances politiques implorèrent, lors de discours haletants (faisant vibrer la fibre patriotique de chacun), les chercheurs, les médecins, les théologiens, de trouver un remède miracle, avant l’installation imminente de l’Exposition Universelle qui devrait montrer au monde entier de quoi notre bel Hexagone était capable. Il en allait de l’honneur de tout un peuple.
Tel était l’état des choses quand le pharmacien Armand, après une liaison calamiteuse et une humiliation des plus cinglantes (infligée par l’odieuse Babe Estrella, starlette des grands boulevards), se lança corps et âme dans la recherche d’un antidote pouvant enrayer ce mal, dut-il y laisser sa raison, dut-il y laisser sa vie…
En s’appropriant sournoisement les travaux d’autres chercheurs particulièrement crédules, l’indélicat pharmacien découvrit rapidement les bienfaits de l’électricité, invention alors balbutiante, et comprit que d’infimes chocs électriques (à condition d’être assenés précautionneusement, subtilement, quoique d’immenses décharges sur le corps entier de Babe l’aurait certainement ramenée à la raison, ce corps qu’il étreignait, brutalement, il y a quelques jours encore) pouvait redonner vigueur au plus apathique et chétif individu (les enfants du quartier réagissaient plutôt bien à ce traitement, révolutionnaire à coup sûr, du moins, aucun ne s’en plaignit jamais).
Puis, ayant popularisé cette découverte à grand renforts de publications tapageuses (incompréhensibles pour les profanes, mais faisant néanmoins les gros titres de “la Gazette Moderne” et des “Nouvelles du Patriarche”) le pharmacien Armand fut bientôt célébré en grande pompe et en plus d’un titre glorieux qu’il portait sur le col de son frac (une splendide médaille dorée à l’or fin), se vit offrir son propre pavillon lors de l’Exposition désormais imminente…
Avec grandiloquence, mais surtout afin de prouver à tous quel génie il était, M. Armand eut l’idée de s’associer à une assistante qui le mettrait en valeur, une assistante peu regardante sur les méthodes employées, une assistante fabuleusement attrayante… Car, qui pourrait contredire une jolie femme pour peu qu’elle soit fardée avec soin, qu’elle porte des toilettes des plus grandes Maisons, lorsqu’elle vous inflige des décharges électriques avec un sourire suave…
Cette précieuse aide se présenta spontanément à lui (offerte par le destin, se dit-il). Une silhouette gracile, fragile, mais avec une détermination hors-du-commun. Et quand celle-ci prononça « je m’appelle Fédora » avec un air mutin, après qu’il lui fit miroiter ses projets féériques, l’homme de sciences sut qu’elle ne le trahirait jamais…
Car un emploi rémunéré voilà qui intéressait fortement la belle Fédora, décidée à prendre elle aussi une revanche sur la vie jusqu’ici terriblement cruelle avec elle… Désormais rien ne saurait arrêter cette magnifique demoiselle. Elle le sentait, elle le savait…
Ce furent d’abord des toilettes somptueuses qui lui furent offertes, puis des parfums, des baumes, des maquillages indécents pour une si jeune personne (Dieu, qu’elle était scandaleuse ainsi), puis un logement dans un hôtel luxueux où ayant désormais une position, elle ne se privait pas de malmener le personnel quand c’était nécessaire, et nécessaire ce l’était souvent …
En mai, lors de l’ouverture de l‘Exposition Universelle (ayant laissé sur le carreau de nombreux ouvriers et creusé indécemment la dette publique, mais qui s’en souciait vraiment après tout), le pavillon du pharmacien Armand, dit le Pavillon du Progrès, fit sensation. Y trônait un fauteuil somptueux et de multiples cordons se rattachant à une machine impressionnante et complexe… Toutefois les journalistes du monde entier n’avaient d’yeux que pour la délicieuse Fédora, et beaucoup lui auraient confié volontiers leur sort entre ses mains blanches et délicates, des mains tellement fines que l’on pensait pouvoir les briser d’un souffle…
Et ainsi, avec bonne grâce, bien qu’un peu effrayés, ces Messieurs s’asseyaient dans le Pavillon du Progrès et la langoureuse Fédora, les enjoignant de rester calme et courageux (car elle-même ne savait résister au charme d’un gentleman viril et sans manières, leur susurrait-elle à l’oreille alors qu’elle attachait les cordons sur leurs poitrines gonflées d’orgueil), leur assénait des petites décharges, oh si légères, et ces derniers (personnalités du monde politico-financier et du spectacle), bien que souffrant atrocement sous l’assaut de ces secousses, souriaient à la cantonade, en disant qu’en effet après cette séance, ils se sentaient beaucoup plus vigoureux (et cette dernière allusion, suivie d’une œillade coquine s’adressait directement à Fédora), et celle-ci, frivole, papillonnante, mettait encore plus d’ardeur à la tâche pour le prochain cobaye qui passerait entre ses mains…
Personne ne se doutait alors des évènements suivants qui mèneraient à une cause célèbre alimentant pendant des années les plus âpres conversations…
Les semaines passant, le Pavillon du Progrès bien que toujours incroyablement populaire ne satisfaisait plus ni le pharmacien ni son assistante, car bien que leur gravures fleurissaient sur les affiches des rues les plus prestigieuses de Paris, et malgré leur renommée internationale, ceux-ci assoiffés de popularité, avides, voulaient toujours plus…
Car les gages distribués par la République ne leur suffisaient plus, tant leurs dépenses étaient effrénées, inconsidérées (agapes dans les meilleurs tables, sorties dans les revues galantes, fréquentation assidue des théâtres donnant des spectacles sensationnels en compagnie des comédiens en vogue, champagne coulant à flot, gouvernante exclusive, garde-robe vertigineuse).
C’est alors que l’appât du gain, d’une vie facile se fit ressentir viscéralement, douloureusement et qu’une odieuse machination germa dans les esprits fiévreux du désormais duo infernal…
A la nuit tombée, alors en goguette dans les cabarets chic de la ville, Fédora promettait le grand frisson, des sensations sauvages, à qui voulait (à condition d’avoir les finances suffisantes, car l’on a rien sans rien, riait-elle, citant E.Sugar dans « Tentations Sucrées »). Et lors d’équipées nocturnes conspiratrices et échevelées, la belle emmenait les personnes les plus crânes droit au Pavillon où son complice l’attendait. Puis, à la lueur d’un bec de gaz, rajoutant un degré d’excitation, Fédora avec force flatteries et cajoleries (comme elle s’y entendait, la gourgandine) installait ces Messieurs confortablement sur le fauteuil et leur offrait leur dose de sensation. Et si d’aventure, ceux-ci tardait à mettre la main au portefeuille (car il s’agissait d’être fabuleusement généreux), une décharge plus prononcée les rappelait à l’ordre ! Comme c’était amusant de les voir se tordre en essayant de garder bonne figure…
Seulement, la convoitise et la cupidité sont souvent mauvaises conseillères, et un abus de science peut s’avérer fatal… C’est l’expérience que firent nos deux héros, désormais sur la voie de la perdition. En faisant disparaître de manière définitive ces notables un peu trop noceurs assurément, à coups de progrès (comme cette idée les faisaient rire, quelle ironie du sort, se complaisaient ils à dire !) le pharmacien Armand et Fédora prirent des risques inconsidérés. Car au petit matin, choisissant un fiacre au cocher maussade qui saurait se taire, c’est sans la moindre précaution qu’ils se débarrassaient des cadavres s’amoncelant dans des malles en osier vidées à la va-vite au-delà des fortifs…
Ainsi la roue tourne, et les histoires les plus fantastiques pour les uns, les plus tragiques pour les autres ont forcément une fin…
L’Exposition Universelle fermait ses portes et alors que l’on dressait un bilan de cette formidable manifestation qui s’ancrerait dans l’Histoire juraient les éminences grises, l’on s’aperçu que de nombreux Messieurs, un brin trop aventurieux mais néanmoins tous issus de famille distinguées, étaient désormais introuvables… Une enquête menée par les plus redoutables sergents de ville auxquels s’associèrent Scotland Yard (car l’on déplorait la disparition d’un Lord anglais, aimant la bamboche par-dessus tout, le poussant à commettre toutes sortes de fantaisies, mais de là à disparaitre…) trouva rapidement son issue. Et peu de temps après, lors d’une spectaculaire arrestation dont les journaux se firent l‘écho, l’on arrêtait l’ignoble pharmacien… Le verdict d’un procès haut-en-couleur exigea l’accomplissement des Hautes Œuvres envers le pharmacien sans scrupules (où rapporterait-on par la suite l’exécuteur Anatole D. réalisa un véritable travail d’orfèvre..).
Et contre toute attente, l’invention de Sieur Armand fit des émules, et l’on trouverait pendant les décennies suivantes son fauteuil à électricité dans les geôles des nouveaux Etats…
Quant à la belle et indomptable Fédora, jouant de ses charmes avec une incroyable rouerie, elle engagea deux avocats (de fiers jeunes hommes éloquents et brillants, dont elle partageait plus que de la considération mutuelle, disait-on) qui apitoyèrent puis culpabilisèrent le jury en montrant à quel point cette pauvre jeune femme, n’ayant point atteint la majorité, avait été le jouet sans défense de ce cruel et sanguinaire pharmacien et que la Société pour se racheter de l’avoir se laisser tant abuser, devait la relâcher sans délai…
Peu de temps après, rue de H. dans un appartement somptueux, une jeune femme au passé sulfureux recevait toute la bonne société pour des séances de spiritisme et de charme qui laissaient ses hôtes exsangues à chacune de leurs visites…
Et le nom de Lady Fantôme, désormais incontournable, commençait à circuler dans tous les salons parisiens…
Mission divine : histoire vraie sans romance
Publié par le 21 août 2011
En août 1903, alors qu’une horde d’apaches féroces et sanguinaires faisait régner la terreur dans les rues de Paris, un sinistre huis-clos familial fit bientôt oublier le désordre extérieur.
La famille C., incroyablement pieuse (elle avait compté parmi ses ancêtres les plus grands noms de la prêtrise dont les prêches exaltés, vengeurs, résonnaient encore dans les plus prestigieuses églises hexagonales), désespérait de voir Prudence, sa fille cadette, se ranger définitivement. Le Clan, comme l’appelait ses détracteurs (originaux et malades, ainsi que les enfants et les personnes trop âgées n’étaient pas les bienvenus dans le sillage du Clan tout comme les personnes non liées par le pacte de Dieu, mais ne sont-ils pas tous suspects après tout ?) en voulait terriblement à Prudence de le déshonorer ainsi et cherchait par tous les moyens à sauvegarder sa réputation, quitte à répudier l’une des siens, à répudier son propre sang.
Prudence, espérant quitter une étouffante situation familiale et par provocation (pouvait-il en aller autrement ?), avait jeté son dévolu sur Belle-Gueule, jeune noceur affichant une beauté insolente, n’aimant rien tant que le tapage et les tenues scandaleuses. Belle-Gueule qui était terriblement fier d’exhiber la belle Prudence (dans des toilettes bien trop moulantes assurément) lors de fêtes où la guinche était érigée en art de vie. Belle-gueule que l’on surprenait régulièrement en train de fanfaronner sur son magnétisme indéniable qui avait fait dévier sa jeune compagne d’une carrière monacale certaine. Et il faut dire qu’il s’y était entendu pour qu’elle coupe définitivement tout contact avec sa famille…
Sauf que lors d’une réunion de famille, la fratrie C., humiliée par les frasques de l’insensée Prudence, se concerta pour la remettre dans le droit chemin (et surtout, il faut le dire, pour que cessent ses médisances et qu’ainsi l’abonnement au Club Select soit renouvelé : ce qui exigeait, bien évidemment, une réputation irréprochable).
X., au terme d’études et d’un parcours sans faute, venait d’embrasser la carrière de médecin (qui lui allait comme un gant, disait-on, n’était-ce sa timidité maladive et les tremblements qui le gagnaient à l’approche d’une Mademoiselle, car les Demoiselles, il ne le connaissaient que par le biais de ses livres d’études et de son missel, pointant à quel point elles étaient différentes, innocentes en apparence, mais parfois plus dangereuses qu’un nid de serpents redoutables venus des colonies).
Ce sont sur ses critères, radicaux, qu’X. fut choisi par le Clan pour être la main rédemptrice qui raisonnerait Prudence (ayant honteusement bafoué ses dignes aspirations).
Lors de diners conspirateurs qu’il était invité à partager de plus en plus fréquemment avec le Clan, X. appris avec stupeur (selon les dires même de Madame C.) que Prudence, dont on lui avait dressé un portrait flatteur, avait disparu et qu’elle était vraisemblablement retenue contre son gré par un malfrat qui se servait d’elle (et de son corps assurément) pour mener un train de vie dispendieux… « Pauvre Prudence, je la délivrerai, dussé-je envoyer ad patres ce sombre individu qui l’emprisonne, la torture, la souille…que sais-je encore… ». X., connu pour sa couardise (hors du commun) et sa transparence, fit grande impression auprès du Clan lors de cette sortie théâtrale.
Et de fait, il tint sa parole… Malheureusement, bien plus qu’il ne l’aurait dû.
La délivrer de ce goujat devint son unique obsession. La délivrer pour qu’elle lui appartienne pour que leurs chemins puissent se croiser, puissent se mêler, s’enchevêtrer, et pour y arriver, rien ne serait trop fou ou inconsidéré…
Gerbes de fleurs somptueuses (qui lui coutèrent presque l’intégralité de ses gages), présents hors de prix (ouvrages romantiques éditions de luxe en série limitées, confiseries fines exquises) furent dépêchés par porteur particulier auprès de Prudence. Des lettres magnifiques, où X. mis son cœur à nu, débordant de sincérité, proposant le mariage, une vie commune admirable et sans nuage, où il saurait l’épauler, la protéger, citant tour à tour les Saints, les Ecritures, la suppliant de l’écouter, de le rencontrer… furent écrites. Oui, d’aussi belles missives furent envoyées à Prudence.
Et devant le silence assourdissant reçu pour toute réponse, qu’il prit d’abord comme une coquetterie, X. redoubla d’ardeur pour plaire à celle qui appelait sur ses courriers enflammés « ma douce Prudence, chère fleur délicate ».
Cependant, ne comprenant pas le peu d’enthousiasme que semblait manifester sa promise, et doutant parfois, X. fut assuré par Madame C. que Prudence nourrissait de très forts sentiments à son égard mais que la timidité et très certainement Belle-Gueule, devait l’empêcher de répondre.
Alors de grandes décisions furent pises dans un cerveau embrumé, un cerveau confus, et une arme subtilisée à un oncle (Louison, qui depuis une bataille mémorable avec des hussards, possédait une artillerie impressionnante bien qu’émoussée) fit son apparition.
Et lors d’une visite nocturne inéluctable, les encouragements de Madame C. résonnant avec fracas en lui, X., armé jusqu’aux dents, pénétrant chez sa belle par effraction et faisant fi de tous obstacles, fit feu sur Belle-Gueule, le blessant grièvement et enleva sa promise…
Mais le destin se manifeste toujours là où on ne l’attend pas…
Cette même nuit, Lord Fantôme revenant d’une noce éhontée (durant laquelle il avait détroussé une notable slave et ombrageuse, mission périlleuse mais ô combien lucrative) surprit ce fric-frac. Et ses instincts de Sergent de ville diurne prirent le dessus (en vérité, pensant tirer profit de la situation auprès d’une famille fortunée et en vue) délivra la jolie Mademoiselle et mena X. droit au commissariat où un sort funeste l’attendait…
Quelques mois plus tard, on fêtait en grande pompe (les 500 membres du Select Club furent invités à cette noce, ainsi que les hautes personnalités politiques de la place de Paris) l’éminent mariage de Prudence avec son cousin germain Anatole….
Belle-Gueule, lui, ayant connu une guérison miraculeuse, s’associa à la horde d’apaches pour écumer la ville, quelques mois avant de briser le cœur de Lady Fantôme, sans la moindre vergogne…
Quant à X., ruiné, déshonoré, sali, après un séjour à Cayenne avilissant ayant eu raison des derniers lambeaux de son intelligence, et désormais incapable d’exercer la profession pour laquelle il avait sacrifié ses plus belles années, il ourdit un plan machiavélique… Avisant un hangard désaffecté, (où il réunit outils rouillés et objets métalliques tranchants qu’il trouvait ça et là), il décida de consacrer le reste de sa vie à la Science. Et ainsi durant des décennies de jolies demoiselles disparurent dans de mystérieuses conditions aux abords de ce qu’on appellerait cinquante ans plus tard, l’Officine du Mal…
Lord and Lady Fantôme
Publié par le 21 août 2011
Stylish Blogger Awards : le Jeu
Publié par le 21 août 2011
Il y a peu, désespérant d’une condition laissant à désirer et prévoyant (quand une saignée m’aurait redonné l’énergie nécessaire, chaque texte me laissant exsangue) d’écrire un article sans appel sur le Renoncement (assurément un article d’adieu, mettant fin à une aventure étrange et malheureuse quoique terriblement romantique…) et par conséquent errant en quête d’un nouveau frisson, je me sentis soudain irrésistiblement attirée par un appel obscur, diffus…
Un appel venant de loin, un appel suggérant que peut être l’on s’inquiétait de Lady Fantôme, cette sulfureuse Mademoiselle dont nous tentions désespérément de nous débarrasser…
C’est dans ces circonstances que j’appris, avec une pointe de stupeur, que Lady Fantôme avait remporté un prix, le Stylish Blogger Awards, décerné par la délicieuse Ada de SKTV (Ada, qui a le bon goût et le talent de chroniquer, entre autre, des biographies de grands criminels (dont l’inénarrable Landru) et qui de ce fait mérite notre reconnaissance éternelle). Le Stylish Blogger Awards étant bien entendu un prix que tout rédacteur, tout correspondant, rêve de remporter. Un prix prodigieusement glorieux et prestigieux…
Mais un prix qui ne peut être décerné qu’à ceux qui acceptent le Jeu, ceux qui sont capables d’en comprendre les conséquences…
Ne pas accepter ces règles est tout bonnement inconcevable, irresponsable…
Les règles du Jeu
Remercier la personne qui décerne le Stylish Blogger Awards (en l’occurrence, la douce Ada)
Mettre le logo du SBA sur mon propre blog
Insérer le lien de la personne qui m’a donné le SBA (toujours ma douce Ada)
Dévoiler sept choses sur moi, humble rédactrice…
Nommer sept blogs (amis, inspirateurs…) qui devront respecter les règles du Jeu
Insérer le lien des sept blogs
Et prévenir les personnes concernées…
Sept révélations d’une sœur Fantôme
(l’autre sœur Fantôme étant en villégiature dans une contrée ibérique avec Nuage dans le Sang, Que Dieu lui vienne en aide !)
- Je me prépare sans relâche à être témoin d’un évènement extraordinaire pour avoir l’opportunité de dire « Donnez moi votre arme, là doucement, tout doucement, vous verrez tout sera tellement plus facile maintenant » à un dangereux scélérat que j’aurais su maitriser (avec une diplomatie étonnante), et à qui je ferais avouer ses méfaits les plus sordides à la grande stupéfaction des négociateurs les plus aguerris, déjouant ainsi une scène dont personne n’aurait pu réchapper sans mon intervention subtile.
-Certains personnages et situations des textes de Lady Fantôme sont inspirés de faits réels, relatés (sous le sceau du secret, non respecté pour l’amour de l’Ecriture) par Lord Fantôme, véritablement conjoint et sergent de ville (dans une version plus contemporaine, le bicorne n’étant pas précisément pratique lors d’interventions musclées) qui côtoie de ce fait de bien drôles de quidams, incompréhensibles, parfois comiques mais le plus souvent affreusement tristes…
- Mon alter ego et pseudo “Garyana” vient du nom du serial killer Gary Heidnick, dont la vie ténébreuse (des femmes séquestrées et enchainées dans une cave censées assurer sa descendance qu’il voulait nombreuse et multiculturelle, et qui à cause de ses fantasmes, ont été obligées de s’entre-dévorer) m’a rendue végétarienne durant quelques semaines, l’idée même de viande m’étant insupportable (mais cela est vrai dès que je lis une biographie de meurtrier donc très régulièrement).
- Je passe une grande partie, pour ne pas dire la plus grande partie, de mon temps (à l’instar des braqueurs les plus ingénieux mettant au point le pillage de banques ultra-sécurisées), à imaginer des plans censés : me faciliter la vie, me rendre prospère (youp la boum), m’aider à trouver une invention qui changerait la face du monde (et dont le brevet se monnaierait en millions de lingots d’or), et surtout m’éviter de faire des efforts inutiles… rendant mon quotidien tellement plus exténuant au bout du compte…
-Nuage dans le Sang est bien mon enfant qui, à force de me fréquenter (a-t-il vraiment le choix ? tendre pousse…), se pose un grand nombre de questions existentielles. Parallèlement, c’est un grand admirateur de Lady fantôme, qui réclame régulièrement le lancement des modèles pour enfants (dont il serait forcément l’ambassadeur, portant à ravir des robes multicolores et dorées qu’il rêve de me piquer ainsi qu’une légère touche de maquillage, mettant en valeur son teint frais et rose).
- L’une de mes croix les plus lourdes (Dieu sait que j‘en ai une multitude à mon actif) est cette sensation d’être suivie en permanence par une ou des personnes mystérieuses (pour une raison encore non-identifiée). Sensation manifestée par des bruits, des sons, des présences floues (vraisemblablement imaginaires) tout au long de la journée, et ce où que je me trouve. Cette particularité impliquant de nombreux sursauts et accélérations de battements de cœur, me faisant dire plus que de raison « Ah c’est toi, tu m’as fait peur ». Une variante me fait craindre que mes proches soient en train de s’éteindre pendant leur sommeil, m’obligeant à les réveiller pour m’assurer qu’ils respirent toujours (me connaissant ils n’ont pas d’autre choix que subir).
- Pour terminer une rêverie éveillée typique d’une sœur Fantôme :

Ma pyramide de nominés… (qui doivent eux aussi suivre le Jeu, n’est-ce-pas ?)
And now, dear Ladies and Gentlemen, let me introduce you to the great, the fantastic, the fabulous :
-Bizstrange et son vide-dressing vintage : ma toute première blogger friend qui a le don de me faire rire et sourire en toutes circonstances…
-Mamzelle Thorgard et Thorgard, pour son univers mystérieux à souhait, ses inspirations, ses illustrations (Ma chère Thorgard, si tu veux faire une illustration de Lady Fantôme, nous en serions honorées…)
-Ouélélaméduse, pour ses créations en soie naturelle (mille fois plus jolies que les foulards Hermes…)
-Sokistan, pour avoir inventé la DemoKratiK RepubliK of soKistan, un monde merveilleux… et m’avoir fait gagné une magnifique paire de chaussettes !!!
-Alice magic World, pour toutes ses chroniques, ses influences (partagées) et puis Camille est tout simplement adorable…
-Girly power, pour tous les projets de notre énergique Stef, qui a toujours une nouvelle idée en route (et aussi car c’est notre petite reine du référencement).
-Lucie Beluga, car c’est une jeune femme étonnante et charmante, une étoile filante…
Dispersez la bonne parole…Bless you girls…..
(et comme, il m’est impossible de faire un choix sans culpabiliser, voici d’autres bloggers talentueus(es), que je me dois de citer : Gentlemen W, GraceB, Punisheuse, DarkGally, Cole Optère, Blanche de Castille, L’Iconoclaste, Dame Skarlette qui méritent tous assurément un Blogger Stylish Awards…)
Lady Fantôme : un site de shopping tendance rock et gothique !
Publié par le 21 août 2011
Présentation de la e-boutique Lady Fantôme dans la rubrique “bons plans” de PUBLIC.FR , webzine people et look.
(09/04/2011)
Une soeur Fantôme dévoile tout
Publié par le 21 août 2011
Nuage dans le Sang : histoire d’un désastre familial
Publié par le 21 août 2011

Il est parfois des conditions terribles, des conditions avilissantes, des conditions qui vous font regretter d’avoir été un jour choisi par La famille, d’avoir un jour accepté d’y être lié pour l’éternité…
Alors que nous désespérions de nous débarrasser de Nuage dans le Sang, cet enfant mystérieux qui partageait notre vie dissolue depuis une période indéterminée (faisant nôtre, malgré nous, cet adage absurde “qui se ressemble, s’assemble”), nous constatâmes au fil des jours passés en sa compagnie, qu’il arborait désormais une teinte verte (faisant dire aux amateurs éclairés qu’il semblait échappé d’une toile du Douanier Rousseau), fortement étrange et inquiétante (dont nous ne cessions cependant de nous vanter, il faut bien le reconnaître). Nous décidâmes alors, dans une tentative consternante de lui assurer un semblant de normalité, de lui offrir une nouveau départ, une nouvelle chance de se distinguer autrement que par ses capacités physiques (tout comme, parfois, nous lui nous octroyions sentencieusement, selon ses actions, une gratification pour une insulte proférée à l’encontre de notre voisinage apeuré, ou une retenue pour un service rendu à l’insupportable Mademoiselle Poiret), une chance qui évidement se devait d’être fructueuse afin de nous aider dans notre entreprise florissante…

Oh certes, nous direz-vous, nous l’avions déjà licencié à plusieurs reprises par le passé, car nous pensions, à juste titre (opinion partagée par quiconque l’avait côtoyé ne serait-ce que quelques secondes), qu’il échouait dans la moindre de ses entreprises et diffusait (à son insu assurément, bien que nous ne pourrions jurer de rien) une aura de mauvaise fortune où qu’il se rendît…
Mais, malgré la somme considérable d’échecs à son actif, il faut reconnaître que Nuage dans le Sang, cet enfant étonnant était tenace, et que nous avions une grande peine à nous en éloigner lors d’affaires délicates et souvent (à cause de sa présence) litigieuses. Nous avions beau chercher toutes sortes de prétextes, nous le retrouvions toujours à nos cotés….
Sourdes aux supplications de Mère et de Père qui nous implorèrent de ne pas associer Nuage dans le Sang à notre entreprise, nous trouvâmes l’occasion, une occasion en or, une occasion flamboyante, d’inscrire Lady Fantôme dans la postérité avec un coup d’éclat qui ferait des ravages.
Avisant sur un panneau de bois mis à la disposition par la municipalité, qu’une foire internationale “the Great and Fabulous Incredible Fair”prendrait bientôt ses quartiers sur la Grande Place et que tous les artisans, vendeurs, magiciens, créateurs seraient les bienvenus pour vendre leur production ou leurs services, nous sûmes dès lors que nous devions en être, et que Nuage dans le Sang serait incontestablement notre atout majeur.
Alors, un doux espoir et des rêves grandiloquents s’entrechoquèrent avec violence dans nos cerveaux fiévreux… Des clients fortunés se battant devant notre stand pour être servis avec les honneurs de la maison, des dames d’une rare élégance et rivalisant d’esprit se pâmant devant nous, des journalistes réclamant à grands cris des révélations et conseils de notre part, des personnalités du monde politique citant en exemple notre réussite insolente, les vedettes les plus influentes exigeant notre présence à leurs côtés lors de leurs tournées mondiales… Tout cela nous attendait, nous n’en doutâmes pas…
Et, quand ce jour béni arriva, et que faisant fi d’un règlement pourtant strict, nous imposâmes la présence de Nuage dans le Sang auprès de nous, nous décrétâmes que désormais l’avenir nous appartenait, cet avenir doré entrevu parfois lors de séances de spiritismes auxquelles cet enfant avait une part active…
Sauf que…
Sauf que, Nuage dans le Sang n’est pas un enfant comme les autres, et que sa présence prodigieusement étouffante, bien que peu perceptible au premier abord, ferait fuir le Diable lui-même…
Sauf que, à la suite d’une manœuvre malheureuse en installant nos fabuleux produits, une lourde barre de fer (censée décourager les pillards qui auraient voulu s’emparer de notre stock afin de s’enrichir durablement), déséquilibrée, tomba avec fracas sur la vitrine d’un honnête commerçant, et occasionna de nombreuses plaies sur la tête d’une personne âgée (absolument délicieuse avant cet accident), obligeant un médecin de fortune à lui appliquer cataplasmes et désinfectant à vif (et les cris engendrés effrayèrent de nombreux badauds qui jusque là n’avaient qu’une vague idée de la douleur).
Sauf que, notre production mise en scène avec un soin particulier (selon “la méthode du vendeur ambulant, vendre du rêve en 10 points” lancé en grande pompe par le commis Dwayne Johnson en 1887) ne nous fut d’aucun recours, n’étant adaptée en aucun cas aux tee-shirts et sacs en toile… (Cette bible du vendeur obtient en revanche des résultats étonnants sur les baumes et boissons miracles… Mais une Sœur Fantôme doit-elle obligatoirement connaître tout, mais vraiment TOUT les rouages du succès ?)
Sauf que, les rafraichissements servis à nos concurrents, sur une idée charmante de Nuage dans le Sang, ont provoqué une effroyable indigestion générale (pour les plus vaillants) des évanouissements sévères (pour les plus fragiles) – nous constatâmes avec stupeur peu après que notre stock de digitaline avait diminué considérablement...
Sauf que, Nuage dans le Sang a indiqué aux sergents de police, venus pesamment enquêter sur cette étrange épidémie, avec un sourire désarmant (Dieu, qu’il est craquant ainsi), qu’il aimait par-dessus-tout la digitaline et que, par conséquent, il voulait en faire profiter au plus grand nombre…
Sauf que, notre stock d’objets merveilleux a été réquisitionné…
Sauf que, plus personne ne voulait approcher notre stand, dévasté par des gardiens de la paix peu précautionneux et sans cœur, certainement…
Sauf que, maintenant le nom de Lady Fantôme est inscrit sur la liste noire de tous les promoteurs de notre bel Hexagone…
Depuis cette effroyable aventure, Nuage dans le Sang a été sommé de réparer ses torts. Désormais, il n’est plus le responsable de la logistique mais un simple apprenti à qui nous devons enseigner les règles élémentaires de la vie en société (que nous connaissons peu et maitrisons de façon chancelante, expliquant notre isolement dans notre vaste demeure à l’orée des bois)…
Quant à l’école communale et toutes autres activités sociales, il n’y a plus accès et les seuls amis qu’il a le droit d’approcher maintenant sont les souris et les araignées qui peuplent sa chambre et sa tête pleine de cauchemars…
La Reine de l’Asphalte Parisien
Publié par le 21 août 2011

Lors d’une soirée fabuleuse où elle tenait salon, alors que les conversations sulfureuses des invités légèrement survoltés allaient bon train, et que les mets les plus raffinés étaient disposés sur des plateaux en or rose (œufs d’esturgeon, cerises carrées venues de chine, fruits de la passion, pata negra, langoustines au miel de rose, vins fins et vodka aux pépites d’or), Lady fantôme, pourtant plus éthérée que jamais, s’enthousiasma des propos du duc de D. :
- … Venus tout droit de Londres… plus féroces qu’une meute de loups affamés dit-on… A la Une de la Gazette Moderne qui en a fait cette description (certes teintée d’émerveillement, disent les mauvaises langues) : “Des gentlemen plus beaux que des statues grecques, portant sublimement apparats, épais favoris, chapeaux haut-de-forme, tellement haut qu’ils cachent le soleil, cravates de soie d’Inde et boutons de manchette en ivoire leur donnant une aura exotique délicieusement inquiétante“… J’ai entendu dire, de source sure comme il va de soi, que ces renégats ont décidé de mettre Paris à leurs pieds et qu’ils écument des galeristes aux collections aztèques, comme celle admirable de Lord Bullingdon (mêlant bustes de guerriers redoutables et crânes momifiés), aux bijoutiers les plus en vues (de bien plus dangereux filous, si vous voulez mon avis…). Quoiqu’on en dise, je ne peux m’empêcher de m’incliner devant de telles méthodes. Certains les trouvent expéditives, moi je les trouve tout bonnement osées et fantastiquement audacieuses…
De vulgaires voyous qui détroussent d’honnêtes commerçants ! s’insurgea Valentine de Baume (en fait Louisette Pinchard, simple fille de campagne au joli minois, qui, usant de ses charmes en toutes circonstances avait gravi un à un les obstacles la menant à la haute société, s’assurant ainsi une retraite dorée. Mais sur son chemin, combien de couleuvres avait-elle avalées, combien de mauvais coup avait-elle pris…) Enfin, très cher ! Comment pouvez-vous leur porter votre admiration ? Vous, plus que quiconque dans cette assemblée, avez de nobles origines… Ne savez-vous donc pas que les anglais sont sanguinaires et qu’ils n’hésiteraient pas à tuer père et mère pour un objet convoité ?
- Eh bien sachez que s’ils m’acceptaient auprès d’eux, je les suivrais durant leurs expéditions, et serais membre de leur confrérie sans hésiter, dussé-je y engager ma réputation… Oh ! bien sur, plus par amusement que par appât du gain… Qu’en pensez-vous Fédora ? Fédora, vous rêvez ? »
Cette perspective avait mis Fédora dans un tel état d’excitation et d’enfièvrement, que les yeux clos, elle tentait de se représenter la scène suivante… Elle que le grand public connaissait sous le nom (associé immanquablement au scandale) de Lady Fantôme, se ferait appeler “la Reine de l’Asphalte Parisien” et susciterait désormais considération et admiration. A la tête d’une horde de dandies faisant régner la loi dans les rues de la capitale, terrorisant la police (ah ça ! Ses représentants grossiers l’avaient-ils assez importunée récemment ! Et pourquoi ? Pour une stupide affaire de contrefaçon), chassant sur le territoire même des Apaches et les reléguant au rang fort peu envié de malfrats à la petite semaine (oh ! leur amour-propre en prendrait un sacré coup, et elle ne se priverait alors pas de se moquer d’eux, surtout de Belle-Gueule, qui s’était joué d’elle d’une façon bien peu courtoise, lui imprimant plaies et ecchymoses indélébiles sur ses bras délicats, faisant fuir certains de ses meilleurs clients, pourtant difficilement effarouchables mais craignant d’être mouillés dans une sale affaire…). La Reine de l’Asphalte Parisien dont l’autorité et le pouvoir ne serait jamais remis en cause, brisant des cœurs, des ménages, des fortunes remontant plus loin que l’ère des Croisades (ce qui il faut bien l’avouer était incroyablement tentant), une reine à la chevelure acajou sombre et profonde, aux lèvres et aux yeux fardés où les âmes les plus aguerries se perdraient, une reine couverte de bijoux splendides et intrigants venant de tribus sauvages où seuls des aventuriers sans foi ni loi osaient s’aventurer, donnant jusqu’à leur vie pour la Conquête et le Pillage, une reine aux tenues incandescentes qui feraient rougir les représentants de l’Eglise pourtant plus proches des choses divines que terrestres, mais divine, ne le serait-elle pas ?

Alors les hommes l’écouteraient, alors les hommes comprendraient, alors les hommes s’excuseraient…
Mais avec désormais une horde de dandies à sa solde (bien entendu, il n’était pas question qu’elle ne leur verse le moindre gage pour qu’ils la servent, ils le feraient par dévotion, pour Son amour, Sa volonté), ces bienfaiteurs, ces bras accueillants, ces protecteurs qui vénéreraient son existence plus que la leur, alors elle pourrait bien ne pas pardonner…
Ne pas pardonner la justice qui avait exécuté Octave et Vega (ses parents, bien que d’odieux personnages, devaient-ils subir un tel châtiment ? un léger souffle d’air derrière la nuque selon le Docteur Guillotin), ne pas pardonner M. Tomners lui ayant infligé une intense et douloureuse séance de spiritisme quand elle était tellement vulnérable, la meurtrissant à tout jamais, ne pas pardonner Lord Sidney l’ayant exposée dans son cabinet de curiosités trois ans durant, la mettant au supplice à chaque visite des “amis influents” allant jusqu’à lui interdire de respirer pour que le ressemblance avec une statue de cire soit plus saisissante… Quant aux autres, tous les autres, ils seraient écrasés impitoyablement par le poids de sa vengeance, et personne, non personne, elle s’en assurerait, dût elle y passer le reste de sa vie à les traquer, n’en réchapperait…
Personne, sauf étrangement son rival de toujours, Lord Fantôme, cette canaille concevant à l’envi de nombreux plans qui avaient cette particularité amusante parfois, terrible souvent, d’être voués à l’échec… Lord Fantôme qui heureusement avait des accointances fort utiles, Lord Fantôme, dont elle devait bien se l’avouer à son grand désarroi, elle était follement amoureuse…
Et lors de cette soirée, alors que les conversations honteuses se succédaient et que des mets raffinés réapparaissaient comme par magie sur les plateaux en or rose, Fédora, lovée sur un sofa en cachemire, et légère comme une bulle de champagne, vit son âme s’envoler au loin, loin derrière les nuages rouge-sang que l’on pouvait apercevoir derrière ses fenêtres brumeuses…












